Ce qui est bon pour notre santé?

L’époque et notre assiette

L’époque n’est pas simple, elle mute en ce moment-même, nous pouvons l’entendre et la voir dans les bouleversements collectifs et la remise en cause d’un système politique et économique. En prime, une urgence, celle de préserver notre environnement pour éviter des catastrophes humaines. Le temps est au changement, nos quotidiens vont évoluer, et ce, jusque dans notre assiette.

Pendant longtemps, notre faim justifiait l’acte même de manger, aujourd’hui nous pensons à notre santé personnelle et à notre avenir collectif.

La question s’impose donc : quel est le meilleur régime alimentaire pour notre santé et notre planète ?

Le Dr Edouard Pélissier, chirurgien cancérologue et membre de l’Académie National de la Chirurgie, s’est plongé dans les dernières études scientifiques pour nous répondre.

Ces études rassemblent 65 000 dossiers de personnes ayant des régimes alimentaires différents et proviennent de deux prestigieuses institutions. La Cancer Research UK Epidemiology Unit, de l’Université d’Oxford, et l’école de médecine de l’Université de Loma Linda en Californie.

Alors que nous dévoilent-elles ?

Quel est le meilleur régime alimentaire pour notre santé ?

Pour notre santé, un bon régime alimentaire est d’abord celui qui nous apporte tous les éléments nutritifs dont nous avons besoin pour le bon fonctionnement de notre organisme. Ces apports doivent donc regrouper les protéines, les acides aminés essentiels, le fer, le zinc, le calcium, les acides gras oméga-3 et la vitamine B12, que l’on ne trouve que dans la viande et le poisson.

Le régime omnivore

C’est la consommation excessive de viande qui est à l’origine de maladies chroniques (obésités, maladies cardio-vasculaires et diabète notamment), qui peuvent déboucher sur un cancer. En revanche, la consommation de viande en quantités raisonnables n’exerce pas d’effets cardio-vasculaires nocifs, et reste un régime alimentaire très sain.

Le régime végétalien ou végan 

C’est le régime alimentaire le plus extrême. Il exclue tous les aliments dérivés des produits animaux, y compris ceux de la gente aquatique. Conséquence de quoi, ses adeptes héritent de carences alimentaires en DHA, protéines, fer, vitamine B12 (70 à 90 % des végétaliens sont concernés), oméga-3, calcium et iode. Toutes ces carences conduisent à un risque accru d’ostéoporose et de fracture.

Selon NutriNet-Santé : 15 % des végétariens et pratiquement le double de végétalien ont un apport de protéines inférieur aux recommandations. En clair, suivre un régime végétalien ne s’improvise pas, se contenter de riz, pâtes et pommes de terre n’est pas plus sain que consommer trop de viande. On doit se documenter pour connaître les principes nutritionnels à respecter et dans quels aliments on les trouve, et comment les associer pour garantir un apport nutritionnel optimal.

Le régime végétarien

Contrairement aux vegan/végataliens, les végétariens consomment des œufs, du poisson, du beurre et du fromage. Ils ont donc un régime alimentaire plus riches en glucides, en fibres, en acides gras oméga-6, en acide folique, en caroténoïdes, en vitamines C et E et magnésium et ils contiennent moins d’acides gras saturés, ce qui est plutôt positif. Mais ils sont aussi plus pauvres en protéines, en acides gras oméga-3, en vitamines A et B12, en fer, en zinc et en calcium, ce qui l’est moins.

Pour ce qui concerne la santé, les études indiquent que le régime végétarien est meilleur que le régime omnivore. Les végétariens s’exposent à moins de risque de cancers, de diabète (sauf pour ceux qui consomment du sucre en excès), de cholestérol et d’infarctus (risque réduite de 32 % par rapport aux omnivores selon l’étude EPIC-Oxford).

Enfin, selon un groupe de chercheurs de Harvard et de Taïwan ayant analysé les résultats de douze études comparatives, la différence de poids des végétariens par rapport aux omnivores est de 2 kilos en moyenne. Jusque-là, il semble que cela soit le régime végétarien qui soit le meilleur pour notre santé.

Le régime flexitarien

Mais pour le Dr Edouard Pélissier, le régime alimentaire flexitarien est le meilleur régime pour la santé. Il consomme de tout, y compris de la viande mais sans excès, et c’est bien suffisant pour s’éviter les risques sanitaires qui lui sont associés. Des fruits, des légumes, un peu de viande, des graines, des céréales, c’est ce qui suffit pour être en pleine forme. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que ce même régime ressemble de beaucoup à celui des centenaires.

Sur la question de la santé, les régimes flexitarien et végétarien les moins restrictifs (incluant œuf, poissons notamment) sont ceux qui se démarquent. Qu’en est-il pour l’environnement ?

Quel est le meilleur régime alimentaire pour notre environnement ?

Selon le rapport de l’UNEP, le programme des nations unies pour l’environnement, l’agriculture contribue pour 14 % au total des émissions de gaz à effet de serre. Autant que les transports (13 %) et un peu moins que la déforestation (17 %). Si on regroupe agriculture et déforestation on atteint le chiffre de 31 % cité par d’autres, avec une participation de l’élevage estimée de l’ordre de 14 à 24 % selon les études.

A la connaissance de ces chiffres, beaucoup de personnes décident d’arrêter de consommer tout ce qui provient des animaux (exit la viande, du poisson, fromage, lait). L’une de leurs principales motivations étant la préservation de l’environnement. Est-ce pour autant totalement pertinent ?

Tous vegan pour sauver le monde ?

Vu qu’il faut plus de terrain, d’eau, de sels minéraux et d’énergie fossile pour produire 1kg de viande qu’1kg de céréales, qu’attendons-nous pour tous nous mettre au quinoa ? En remplaçant les calories et les protéines de la viande ou du lait par celles des céréales ou du soja, nous pourrions diviser notre impact écologique par 10. L’équation est trop simple pour être vraiment pertinente.

Effectivement, 100g de haricots secs ou de blé ne contiennent pas autant de protéines que 100g de steak. D’autant plus qu’après cuisson, l’apport en protéines des légumineuses et céréales se divisent par 2 ou 3. Ainsi pour avoir 33g de protéines, nous pouvons les trouver dans 150g de rosbif ou dans 340g de lentilles. Conséquences de quoi, il faut manger beaucoup plus de céréales pour avoir un apport en protéines suffisant.

Conclusion ? Même si les cultures de céréales émettent moins de gaz à effet de serre que l’élevage, il en faudrait beaucoup plus de surfaces agricoles pour couvrir tous les apports nutritionnels. Ce n’est pas jouable. Alors quel régime alimentaire est le plus viable ? Le plus équilibré naturellement.

Le flexitarien est le plus écolo

Au vu des chiffres, il apparaît évident que nous devons baisser notre consommation de viande, surtout celle de bœuf, pour mieux sauvegarder notre planète. Et à ce titre, des études ont d’ailleurs révélé qu’en réduisant simplement de moitié la consommation de viande des Américains (qui s’élève à 300-400 grammes par jour !), l’agriculture américaine pouvait devenir un modèle beaucoup plus durable.

Enfin, dernière étude intéressante : par rapport à un régime omnivore, la diminution des émissions de gaz à effet de serre est de 26,6 % pour le régime flexitarien et 29,6 % pour le régime végétarien ; une différence bien plus que modeste, et qui nous confirme quel est le régime alimentaire le plus pertinent pour les enjeux environnementaux comme sanitaires.

Le régime flexitarien, le plus pertinent pour nous et notre époque

Ainsi, le régime flexitarien semble être le régime alimentaire le plus pertinent pour nous et notre époque. Une étude anglaise vient le confirmer après avoir établi que le régime idéal est composé de 372 grammes de viande par semaine, accompagnée d’oléagineux, de haricots, de graines, ainsi que moins de sucre et moins d’alcool.

Résumons : pour ce qui est de notre santé, ajuster notre mode alimentaire n’appelle pas à un effort surhumain. Il faut juste moins consommer de viande. Deux plats de viande et deux plats de poisson répartis dans la semaine, nous conviennent largement.

Pour ce qui est de l’environnement, la question est trop complexe pour se limiter à notre assiette, c’est tout notre mode de vie qui doit être revu.

Saviez-vous que produire un seul tee-shirt consomme 2700 litres d’eau et 7000 litres pour un jean ? De même, le secteur numérique est responsable de 4 % des gaz à effet, part qui ne cesse de croître.

Alors avant d’envoyer nos photos de vacances à nos amis, réfléchissons un peu.

Encore une fois, que ce soit dans notre assiette ou ailleurs, c’est l’équilibre, la modération et le bon sens qui sont le bon chemin à suivre.

Sources : Edouard Pélissier, « Végétarien, végan ou flexitarien ? Ce qui est bon pour votre santé », éditions Odile Jacob, 2019


Source : Voir

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