Comment reconnaître une «fake news» en santé ?

Beaucoup de fausses informations, des fake news, circulent sur les réseaux sociaux. Elles sont relayées à la vitesse de la lumière et peuvent faire beaucoup de dégâts, surtout lorsque la santé est en jeu. Comment démêler le vrai du faux ? Quelques pistes pour vous aider.

32 % des Français croient que le virus du sida a été créé en laboratoire et testé sur la population africaine. Et même 9 % estiment qu’il est possible que la Terre soit plate !* Ce type de fausses informations circule largement sur Facebook, Twitter, Youtube et tous les réseaux sociaux. Dans ce flot continu, il n’est pas facile de distinguer l’info de l’infox. Cela demande du temps et un véritable effort. Mais le jeu en vaut la chandelle, tant le risque de manipulation est grand.

En santé, les fake news sont particulièrement toxiques car un patient qui y accorderait du crédit risquerait de ne pas être diagnostiqué correctement. « Il pourrait y avoir une erreur de traitement. Ce serait une vraie perte de chance », observe le Dr Pierre-Marc Lallemand, cardiologue et membre du collectif de professionnels de santé FakeMed, très remonté contre les médecines alternatives.

Quelques conseils de base méritent d’être rappelés, pour ne pas se laisser rouler dans la farine.

Se baser sur des éléments factuels

Lorsqu’on est concerné par une maladie grave, ou particulièrement indigné par un sujet, l’émotion nous submerge. C’est dans cet état de fragilité que nous pouvons gober tout et n’importe quoi. Il faut être particulièrement vigilant face à une information qui touche un point sensible. D’où vient-elle ? Qui l’a émise ? Est-ce une rumeur ou des faits avérés ? La source est-elle indiquée et est-elle fiable ?

En effet, la personne, l’association ou l’entreprise qui diffuse l’information peut avoir intérêt à livrer des données biaisées. Cet intérêt peut être économique, idéologique, religieux, ou autre. Ce sont des questions qu’il faut systématiquement se poser.

Attention aux discours ronflants

Sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes prétendent soigner tous les maux. « Il faut se méfier de celles qui ne parlent que de leur expérience personnelle. Ce n’est pas une preuve. Elles n’expliquent pas leur protocole ni les études scientifiques derrière. Il faudrait les croire sur parole. C’est suspect », remarque le Dr Lallemand.

Attention aussi aux éléments de langage comme « une médecine ancestrale » ou une « médecine quantique » qui ne sont souvent que des écrans de fumée. « Ce sont des discours de trucopathes », ironise le Dr Lallemand.

Faire le tri parmi les informations «scientifiques»

Le vernis scientifique de certaines informations, parfois purement commerciales, peut bluffer facilement les internautes. Seules les études publiées dans des revues scientifiques reconnues, donc relues par des experts, ont une réelle valeur. Mais là encore, il faut se poser la question de leur financement. Souvent, seul le résumé (et la plupart du temps en anglais) est accessible au grand public. Mais il donne déjà pas mal d’indications. Les chercheurs qui déclarent leurs liens d’intérêt sont davantage dignes de confiance que les autres. Sur ce point, chacun peut consulter la base de données publiques Transparence Santé. 

C’est une évidence, mais plusieurs études scientifiques donnant des résultats comparables valent mieux qu’une.  « Le doute fait partie de la démarche scientifique, mais si une hypothèse a résisté au travail de dizaines de chercheurs, c’est qu’elle est assez solide », observait Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descartes, lors d’une table ronde consacrée aux fake news, le 31 janvier 2019.

Rester prudent face aux médecines alternatives

Le domaine de la santé prête le flanc à pas mal de charlatans. Un groupe de chercheurs a passé au crible des pratiques «non conventionnelles» comme la mésothérapie, le jeûne, l’auriculothérapie… Leurs conclusions, étayées par des données scientifiques, sont disponibles sur le site du ministère de la Santé. 

Le blog du collectif FakeMed fournit également de la documentation scientifiquement valide sur ces sujets.

S’abreuver à la bonne source

Les vaccins suscitent beaucoup de questions, parfaitement légitimes, mais pour ne pas tomber dans le fantasme, on peut se référer au site de Santé publique France dédié à la vaccination.

De leur côté, les grands organismes de recherche font des efforts de pédagogie pour contrer les fake news. L’Inserm a lancé Canal détox sur Youtube. Ces petites vidéos décryptent en quelques minutes un sujet d’actualité, par exemple « Des organes imprimés en 3D, vraiment ? ». Sur le même modèle, le Cnrs propose Zeste de sciences. 

À la recherche d’une information scientifique, on peut aussi se fier à Wikipédia, une encyclopédie en ligne gratuite. Les textes sont relus et corrigés par des experts et des liens renvoient vers les sources d’informations. 

Pour aller plus loin sur toutes ces questions:

–  L’université Paris-Descartes consacre le numéro de janvier de ses Cahiers au «fake sciences». Il est téléchargeable gratuitement. 

– La Cité des sciences de la Villette (Paris) organise un colloque intitulé « Post-vérité et infox, où allons-nous ? », les 7 et 8 février 2019.

* Enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, décembre 2017.

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Source : Voir

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