Injections dans les lèvres: la fin de la bouche de canard

Les experts assurent qu’en France, notre bouche ne finira pas en canot de sauvetage après des injections.

Les lèvres sont considérées comme le porte-étendard des ratés de la médecine esthétique. On a tous en tête la bouche en canard d’Emmanuelle Béart largement moquée dans les médias. Dans un entretien au Monde en 2012, l’actrice confiait : « J’ai fait refaire ma bouche à 27 ans. Ce n’est un secret pour personne, c’est loupé. » 

Vinrent ensuite Kylie Jenner et ses lèvres si artificiellement dilatées qu’elles inspirèrent un challenge, sobrement baptisé le Kylie Jenner Challenge. Devenu viral chez les millennials, le jeu consistait à se repulper les lèvres à l’aide d’une bouteille. Une facétie qui a néanmoins ouvert la porte à de nouveaux modèles esthétiques chez les jeunes femmes de 20 ans et plus. « De plus en plus nombreuses à consulter pour des injections dans les lèvres », nous confirme David Modiano, médecin esthétique à Paris.  

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Bientôt l’acte de médecine esthétique le plus demandé ?

« Les femmes ont pourtant longtemps eu peur des injections dans les lèvres », affirme le spécialiste. « La bouche, ça ne pardonne pas, relève Hélène, Angevine de 42 ans. J’ai longtemps hésité avant de me lancer, j’avais du mal à croire à un résultat naturel. » 

Jusqu’à il y a peu, cet acte de médecine esthétique renvoyait dans l’esprit collectif à une bouche XXL démesurée et impossible à assumer. Si la tendance des lèvres gonflées à bloc semble révolue -du moins en France, où l’on recherche une beauté plus naturelle- les demandes d’injections au niveau de la bouche explosent. « J’ai l’intuition que dans les prochaines années, ça deviendra le traitement le plus demandé en médecine esthétique », pressent le Dr Modiano. 

Une augmentation qui s’explique, en partie, par l’apparition d’Instagram. « Le réseau social est devenu un catalogue d’inspirations chez les jeunes femmes, relève le spécialiste. Des influenceurs s’affichent régulièrement les pommettes relevées et les lèvres plus charnues. Ils ont participé à la démocratisation de la médecine et de la chirurgie esthétiques. » La plateforme est aussi utilisée par les médecins pour mettre en avant leur savoir-faire. « Les patientes sont beaucoup plus informées qu’avant. Elles sont rassurées de voir, images à l’appui, que le résultat est naturel. Elles viennent pour notre main, chaque médecin a ses spécificités », ajoute le spécialiste. 

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Réhydrater, repulper ou redessiner

Les demandes varient en fonction des patientes. Chez les moins de 30 ans, la démarche traduit surtout une recherche de sensualité. « Elles veulent une bouche légèrement repulpée, ce qu’elles trouvent plus ‘glamour' », détaille le Dr Modiano. 

Seul de l’acide hyaluronique est injecté. « Il peut-être hydratant, volumateur ou les deux. C’est un produit résorbable, contrairement au silicone qui avait par exemple été injecté à Emmanuelle Béart. » On embellit, on redessine, « mais le but n’est pas de changer la personne, il faut qu’elle se reconnaisse. La quantité de produit injecté pour restaurer ou accentuer les volumes est très petite. » 

Du moins dans l’Hexagone. Car le nombre de seringues utilisées pour les patientes varie en fonction des critères de beauté du pays. « En France, nous avons à coeur de respecter les proportions. Ce résultat subtil fait d’ailleurs le succès de la French Touch à l’étranger. La médecine esthétique à la française est reconnue comme étant la plus naturelle, affirme le Dr Modiano. Aux États-Unis en revanche, ils injectent facilement deux seringues. » 

Les plus de 35 ans sont davantage en quête d’une image de jeunesse. « Je voulais retrouver les lèvres de mes 20 ans », témoigne Valérie, Parisienne de 46 ans. C’est ce que les médecins appellent une « restauration des lèvres », autrement dit une réhydratation, qui « permet de corriger les petites imperfections sans apporter de volume et de redonner un peu de couleur aux lèvres », détaille le Dr Modiano. Si besoin, une injection d’acide hyaluronique volumateur est pratiquée. « Car avec le temps, c’est une zone qui perd de sa substance. »  

Valérie a fait les deux pour redonner du volume à ses lèvres affinées par le temps. « L’injection a duré entre 20 et 30 minutes, détaille la quadragénaire. Le médecin y est allé par petites touches dans la lèvre supérieure et les commissures. » Le résultat est immédiat, mais « ça fait très mal et j’ai dû supporter une bouche de babouin pendant une journée. Heureusement, après, tout redevient normal. J’étais ravie du résultat ». 

Hélène a choisi de réhydrater uniquement. L’injection pour redonner du volume lui faisait trop peur. « J’étais déjà effrayée à l’idée que ma bouche puisse gonfler, même si le produit utilisé était uniquement de l’acide hyaluronique hydratant. » Ancienne fumeuse, elle a enchaîné les cigarettes pendant plus de 20 ans avant de s’arrêter il y a deux ans. « Avec les contractions répétées, j’avais une bouche en code-barre. » 

La démarche d’Olivia, est plus atypique. À 31 ans, la bouche de cette Versaillaise était une source de complexes depuis l’adolescence. « Je ne supportais plus mon sourire gingival. » Plusieurs micro-injections dans la lèvre supérieure ont permis de modifier son sourire. « Le volume est légèrement plus important et retombe sur la gencive. »  

Compter entre 350 et 420 euros la séance, pour des effets d’une durée de 8 à 12 mois en moyenne. « Ça dépend de l’hygiène de vie, de si on se mordille les lèvres, de la cigarette », souligne le Dr Modiano. 

Olivia a déjà prévu une nouvelle injection « dès que ma gencive commencera à refaire son apparition ». Rassurée par sa première expérience, Hélène envisage d’ajouter du volume à ses lèvres lors de la prochaine séance de restauration. En juillet dernier, Kylie Jenner, alors âgée de 20 ans, affirmait dans un post Instagram avoir arrêté les injections dans les lèvres… avant de finalement reprendre en octobre. Comme toujours avec la médecine et la chirurgie esthétiques, le plus difficile est de savoir s’arrêter. 

Source : Voir

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